I / Le cadre géographique
: La ville de Hammamet, grande station méditerranéenne du tourisme balnéaire,
est située sur la côte sud-est du Cap-bon au bord d'un golfe magnifique largement
évasé, auquel elle a donné son nom. Hammamet compte 70.000 habitants (le nombre
se multiplie par quatre en été) et 3600 hectares de superficie (municipale), elle
se trouve à peu près à mi-chemin entre Tunis la capitale (64km) et Sousse la perle
du Sahel (84 km)
1/Le relief
Grâce
à la diversité des terrains qui forment son sol, Hammamet offre une grande variété
de paysages. Le relief comprend deux petites plaines côtières d'une faible altitude:
une large plaine à l'ouest et une étroite à l'est. Ces deux plaines se terminent
sur la mer par des plages sablonneuses longeant le littoral d'une vingtaine de
kilomètres bordant en arc de cercle des jardins beaux et luxuriants et marquant
par là même le golfe de Hammamet. Au nord-ouest, à l'arrière pays de Hammamet,
se dressent une série de collines et jebels ( Avant Monts de la Dorsale) dominant
la ville et la mer sans prendre un aspect carrément montagneux, car le point culminant
de jebel Hammamet ne dépasse guère 250 m. La région de Hammamet est une région
d'accès facile en général, car les quelques oueds qui la traversent ne sont encaissés
que de quelques mètres.
2/ Le climat
Le
climat de Hammamet est un climat méditerranéen littoral doux et ensoleillé (en
fait c'est un microclimat). Il subit intensément les effets modérateurs et adoucissants
de la mer qui se traduisent par une faible amplitude thermique annuelle (moyenne
de l'hiver 12°, de l'été 26°, moyenne annuelle 19°). En outre, la brise de
mer, atténue ici plus qu'ailleurs, les coups de Sirroco (Chehili) quoique rares
dans cette contrée.
La saison des pluies s'étale de l'automne jusqu'au
printemps. La pluviométrie se situe aux alentours de 400 millimètres par an. La
nappe phréatique est généralement à faible profondeur, mais donnant des signes
d'épuisement , car elle est surexploitée depuis longtemps afin de subvenir, jadis,
à une agriculture intensive et aujourd'hui à une population et à une activité
touristique galopantes.
La source d'Al-Fawara qui alimente essentiellement
la population en eau potable reste d'une importance capitale vu son débit et sa
qualité.
3/ Faune et flore.
La
forêt de jebel Hammamet s'étale sur 1800 hectares au nord-ouest de la ville au
niveau d'Al-Fawara, transformée actuellement en partie en une forêt récréative.
C'est une forêt aux essences variées mais où prédomine le thuya de berbérie. On
y trouve aussi quelques îlots de chêne-kermès, de pin d'Alep, de genévrier et
de romarin...
La faune sauvage ne manque pas : fouine, martre, hyène,
sanglier, porc-épic, renard, busard, caille, tortue, lièvre et tant d'autres animaux
y vivent en permanence.
Au total les atouts naturels ne manquent pas.
Tout pousse à Hammamet : grenadiers, citronniers, orangers, oliviers, figuiers,
bigaradiers, mandariniers, néfliers, mûriers et d'autres plantes venues de différents
coins du monde telles le jasmin d'Arabie et le jasmin du Duc de Toscane, les nénuphars
d'Égypte, l'acacia des tropiques, l'hibiscus ou d'autres arbres exotiques tels
le gardénia de Sicile le palmier royal, le parkinsonia, l'ambrier et le pluméria
qui embaument l'air de mille senteurs. II / Hammamet dans l'histoire : A
cause de sa position stratégique au cœur de la méditerranée, de son climat doux
et ensoleillé, de son sol fertile et de ses richesses (celles du Cap-bon en général)
quelquefois exagérées par les auteurs de l'Antiquité gréco-latine, la région de
Hammamet a toujours attiré les hommes et fut depuis la haute antiquité l'objet
de convoitises de tous bords tels que les assauts du tyran de Syracuse Agathocle
en 310 avant J-C et du consul de Rome Regulus en 256 avant J-C et des Chevaliers
de Malte en 1602 et 1605 et plus récemment encore " le dernier refuge de l'Africakorps
(Mai 1943) avant la capitulation " (Tunisie, les guides bleus).
1
/ De Pupput à Hammamet.
A l'époque punique la contrée de
Hammamet ne tarda pas à devenir l'une des parties les plus fertiles du domaine
agricole carthaginois. " Avec la domination romaine apparaît sur le site de Hammamet,
selon A. Beschaouch, une agglomération urbaine, dont le nom Pupput, laisse sous
sa forme latinée, deviner l'origine prépunique ". C'est dire que le site de l'antique
Pupput avait connu l'occupation humaine (berbéro-punique) dès la haute antiquité.
Sous les Romains, Pupput connaît un développement remarquable. Du simple vicus
(bourg sans autonomie municipale), elle accéda au rang de colonie honoraire (Colonia
Aurelia Commoda) sous le règne de l'empereur Commode entre 185-192 (A.J-C) dans
le cadre de la romanisation de l'Afrique.
Désormais? la cité de Pupput
jouit des institutions municipales romaines et se pare des monuments caractéristiques
de la cité romaine. Mais "la plus grande partie du site gît désormais sous les
fondations des grands hôtels qui envahissent la côte. Les rares vestiges sauvegardés
par l'Institut National d'Archéologie et d'Art ne peuvent en aucun cas donner
une idée, même très approximative, de la topographie générale du site Pupput."
note Aïcha Ben Abed.
Ces vestiges archéologiques (bains, adductions d'eau,
réservoirs, demeures et autres édifices pavés en général de mosaïques) attestent
du degré de civilisation que cette cité avait atteint à cette époque.
Les beaux tableaux de mosaïque trouvés sur le site représentent des thèmes riches
et variés nous informent sur la vigueur économique de la cité (commerce maritime
et agriculture surtout) et sur le mode de vie de ses habitants ainsi que sur leurs
conceptions esthétiques....
L'heureuse découverte récente de la nécropole
romaine de Pupput va pallier, sans doute, à la rareté des textes et éclairer d'un
jour nouveau le passé et l'histoire de " Hammamet la Romaine " (Pupput). Mais
n'empêche qu'" on n'atteindra la vérité qu'à force d'imagination " comme l'affirme
Louis Aragon.
2 / Hammamet, genèse d'une cité arabe
En
678, avec la conquête arabe du Cap-Bon pendant le règne du Wali (Gouverneur) Abul
Muhadjer Dinar, Pupput est passée sous silence par les sources arabes: la cité
désaffectée tomba en ruine et ne renaîtra plus de ses cendres.
Les Arabes,
pour d'autres considérations d'ordre géostratégique, selon T. Bachrouch, lui préfèrent
le site de l'actuel Médina qui se trouve sur un petit cap au nord de Pupput.
Le
toponyme arabe de Hammamet est mentionné pour la première fois par le géographe
arabe Al-Idrissi au XIIe siècle dans son ouvrage " Nuzhat al-mushtaq fi ikhtiraq
al-afaq ", qu'il aurait composé vers 1154 sur ordre du Roi normand Roger II (de
Sicile).
Hammamet (pluriel de Hammam) tire son nom du mot "thermes" qui
veut dire "bains" qu'on trouve dans la cité de Pupput et le long de la côte et
qui datent de l'époque romaine.
Hammamet est présentée par Al-Idrissi
comme un fort ou château (Qasr): "Au cap d'Al- Hammamat, se trouve un château
édifié sur un promontoire qui s'avance dans la mer à environ un mille." Qasr Hammamet,
dont la construction remonterait aux années 893-914 (fondé sur un ordre de l'Emir
Ibrahim II Al-Aghlabi) selon Al- Béji Al Messaoudi (1811-1880) faisait partie
d'une série de "ribats" similaires ayant pour rôle de défendre le littoral des
razzias des chrétiens et autres.
Il est probable que Hammamet aurait servi
selon T. Bachrouch d'avant-poste littoral pour protéger Menzel Bachou, capitale
régionale du Cap-Bon (à 7 km de Grombalia) jusqu'en 1186-87 date à laquelle la
ville fut détruite impitoyablement par les banu Ghaniya venus des îles Baléares.
Une agglomération urbaine se développa autour de ce Qasr avec la fondation
d'une partie de la mosquée au 12ème siècle, à en croire Louis Poinssot, à une
époque critique de l'histoire de l'Ifriqiya : invasion normande (ajoutée à l'invasion
hilalienne) et effondrement de l'Etat ziride(1160).
3
/ Hammamet à l'époque hafside.
A partir du XIIIème siècle,
il ne s'agit plus d'un Qasr, mais réellement d'une ville ou d'une médina de Hammamet.
Le voyageur marocain Al-Abdari parle en 1289 de la petite ville de Hammamet.(Al-Bulayda)
et de ses remparts blanchis à la chaux.(Voir à cet égard le livre de M T. Mansouri,
Hammamet, histoire d'une cité méditerranéenne).
A / Sidi Bouhdid
: Saint-patron protecteur
Comme dans toute communauté villageoise,
les Hammamétois se sont regroupés depuis les premiers temps de la fondation de
leur cité autour d'un Saint-patron protecteur: Sidi Bouhdid, fortement présent
dans la mémoire collective. Les habitants lui attribuaient des vertus miraculeuses.
C'est à lui qu'ils s'adressaient aux moments des grandes épreuves de la vie (
les guerres, les tempêtes et autres calamités naturelles). Un édifice orné par
une énorme coupole fut érigé en sa faveur. Son emplacement à côté de la forteresse
lui confère un rôle symbolique dans l'armature défensive de la ville.
B
/ Les fortifications de la ville .
Sous les Hafsides (1236 -
1574), Hammamet connut des jours fastes et néfastes suivant les méandres et les
aléas de l'histoire. Le premier souverain hafside Abou Zakaria s'était empressé
à construire les remparts de la ville (qui auraient été achevés vers le milieu
du XIIIème siècle) pour renforcer l'armature défensive du littoral. Il ordonna,
par ailleurs, d'achever la construction de la grande mosquée de Hammamet. Les
deux monuments, comme tant d'autres, furent construits, en grande partie par des
matériaux de remploi prélevés sur les sites antiques voisins à savoir Siagu et
Pupput.
La ville prendra une certaine importance et devint le lieu de
résidence du Cadi responsable de la région du Cap-Bon. En outre, il semble que
la ville ait connue par moments, une relative prospérité économique, ce qui explique
en partie les incursions et les assauts acharnés dont elle avait fait l'objet
tout au long du XIVème siècle surtout par les pirates Pisans et Catalans.
Les
quelques fortifications et restaurations dont elle avait bénéficié aux XIVe et
XVe siècles, en l'occurrence la consolidation des remparts par Abou Faris Abdel
Aziz (1394-1434) et l'édification de la Kasbah (outre le minaret de la grande
mosquée) sur l'emplacement d'un fort datant du XIIe siècle, sous le règne de Abou
Amrou Othman (1435-1488), n'avaient pu mettre fin à ces incursions et razzias
meurtrières de tout bord, ni même ce " Jund?? " (milice hafside) qui n'était présent
à la Kasbah que sporadiquement.
Hammamet était souvent livrée à son propre
sort, elle a dû assurer elle-même sa propre défense. Pillée, saccagée, violentée,
meurtrie, Hammamet a toujours su, grâce à la volonté de fer de ses habitants,
renaître de ses cendres et panser ses blessures.
4
/ La conquête turque, Hammamet à l'époque mouradite et husseinite.
A/ Hammamet : Enjeu hispano-turc.
Au XVIe siècle son déclin
s'accentue, Hammamet végète, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Désormais,
"elle est habitée selon Léon l'Africain (mort en 1550) par de très pauvres gens.
Tous sont pêcheurs, bateliers, charbonniers et blanchisseurs de toiles. Cette
ville est tellement imposée par les rois (hafsides) que les pauvres gens sont
presque mendiants."
Proie tentante, Hammamet a terriblement souffert des
rivalités de deux nouveaux maîtres de la méditerranée, les Turcs et les Espagnols.
Les Turcs ont fini par s'imposer, la ville fut conquise et la population
a dû subir toutes les atrocités à cause de sa neutralité dans cette rivalité hispano-turque.
Il a fallu l'intervention de Sidi M'hammad Jdidi auprès des Turcs, pour secourir
cette population meurtrie.
B / Les Turcs à Hammamet: l'assimilation
des conquérants.
Désormais, le sort de la ville, suite à la conquête
de 1574, est confié à des Turcs. Les janissaires Turcs s'installent dans la Kasbah.
Le nombre des Turcs d'origine ou d'adoption, s'est accru régulièrement, c'est
pourquoi ils gagnèrent les faubourgs extra-muros. Face à cette minorité de Turcs
privilégiés, la population hammamétoise est léguée au second plan. Mais ce phénomène
ne devait pas trop durer, car les éléments Turcs ont subi profondément l'influence
de la population autochtone et ont été, par conséquent vite assimilés. L'apparition
des Kouloughlis, issus d'unions entre Turcs et femmes du pays, a été à l'origine
de cette assimilation.
Les stigmates d'un passé douloureux entre Arabes
et Turcs se sont estompés au fil des siècles jusqu'à l'évanouissement.
C
/ Les Chevaliers de Malte à Hammamet.
Hammamet a beaucoup souffert
aussi de la course en méditerranée entre les États chrétiens et les Régences barbaresques.
Si la classe dirigeante turque a largement profité de cette activité, il n'en
est pas de même pour certaines cités côtières, en l'occurrence Hammamet. Celle-ci
a fait l'objet de deux razzias maritimes célèbres opérées par la flotte de l'ordre
des Chevaliers de Malte, l'une en 1602 et l'autre en 1605.
" Malgré une
résistance obstinée où les femmes se distinguent et qui coûte la vie à 300 habitants,
les chrétiens s'emparent de la ville et arborent la bannière de l'ordre sur la
mosquée principale". Puis ils entraînent 396 captifs. Mais, cette fois, il a fallu
l'intervention du grand saint de Tunis Abù l- Gayt al Kachache pour obtenir leur
libération. Et ce en contrepartie d'une rançon équivalente à 1800 dinars. Faut-il
ajouter que jusqu'à présent existe un bain maure à l'intérieur de la médina de
Hammamet baptisé " Hammam Sidi Bel-Gayt. "
Ainsi la première expédition
a été un succès pour les Chevaliers de Malte, mais la population de Hammamet a
pris sa revanche lors de la deuxième expédition qui a été un échec retentissant
pour l'ordre de Malte.
Depuis, le nom de Hammamet, défiguré dans les langues
latines en Maometta ou Mahomette et même Emmamette, devint célèbre en Europe occidentale.
D / Hammamet à l'époque mouradite et husseïnite.
Avec
l'afflux des réfugiés Andalous chassés d'Espagne, en Tunisie, au début du XVIIe
siècle, l'agriculture maraîchère intensive irriguée et l'arboriculture ont connu
une relance remarquable dans la presqu'île du Cap-bon y compris Hammamet au cours
des XVIIe et XVIIIe siècle.
Husayn Ben Ali, fondateur de la dynastie Husseïnite
s'intéressa à Hammamet et la visita en 1727; il ordonna la construction d'une
nouvelle mosquée " Lalla Oumt er Rahmâne "(sa coupole ne fut érigée qu'en 1771)
et la restauration de la grande mosquée et des remparts de la médina du côté de
la "Chelma".
Sous Hamouda Pacha (1782 - 1814) l'artisanat textile à Hammamet
connut un essor remarquable, si bien que ce grand souverain, selon Ibn Abi Diaf,
ne" choisissait ses vêtements et ses parures que parmi les produits fabriqués
dans le pays, tels que le textile de Sousse et de Hammamet, du Djerid et Djerba."
Le XIXe siècle fut un siècle de difficultés pour Hammamet et pour tout
le pays au cours duquel la population devient de plus en plus victime de la ponction
fiscale des beys et de la pression européenne. N'empêche que la ville de Hammamet
remplissait toujours les voyageurs européens et autres d'admiration par sa propreté
ses monuments et par ses vergers qui font sa riche parure.
5
/ Hammamet aux temps du protectorat français.
En 1881 Hammamet
est entrée dans une nouvelle ère de son histoire. C'est l'ère de la colonisation
française. La ville est conquise sans grande résistance par la Compagnie Franche
de Tunisie placée sous les ordres du redoutable commandant Désiré Bordier. Venu
conquérir Hammamet, Bordier, est conquis à son tour par la magie des lieux. Il
y fixa sa résidence(villa les Palmiers) et sa dernière demeure.
A
/ Le choc de la modernité.
Après les remous de l'occupation de
1881 " le fait colonial est accepté provisoirement " (R.Boukraa) quoiqu'il soit
toujours mal supporté. Désormais, la ville subit le choc de la modernité. La médina
avec ses différents pôles et structures se marginalise progressivement au profit
d'un nouveau noyau urbain européen extra muros. Hammamet se modernise sans perdre
le fondement de son identité et son charme séculaire. Désormais elle est desservie
par plusieurs commodités urbaines, chemin de fer (1899), électricité, téléphone,école
coloniale, église catholique (1884)... y compris le célèbre hôtel de France (existant
en 1902). Avec la création de la municipalité en 1942 d'autres commodités ont
été introduites.
Célèbre pour ses citrons Hammamet est demeurée avec Nabeul
jusqu'en 1930 la première zone agrumicole du pays. De nombreux écrivains-voyageurs
en quête essentiellement de l'exotique et du pittoresque ont décrit et chanté
la beauté de Hammamet par l'image et le texte, contribuant ainsi à la renommé
de la ville.
Dés lors Hammamet est devenue une station de villégiature
hivernale surtout, fort prisée et déjà assez fréquentée au début du XXe siècle.
B / Paul Klee à Hammamet
Le grand peintre Paul Klee,
lors de son passage mémorable à Hammamet en 1914, est ébloui par sa lumière, ses
couleurs, et ses formes. Il qualifia la ville de prestigieuse. Paul Klee a échappé
à la vision coloniale du pays et de l'art. En découvrant Hammamet, il écrit à
ce sujet : " J'ai compris en découvrant cette petite bourgade de pêcheurs, que
l'art ne rend pas le visible, mais qu'il rend visible. " (Cité par R.Boudjedra).
C / Hammamet : "Tourisme du voyage passager et tourisme romantique
de résidence".
Après les années du feu et après tant d'hétacombes
d'autres célébrités internationales- ou devenues comme telles -ont envahi paisiblement
Hammamet pour vivre les années folles à leur manière et rattraper le temps perdu.
Exilés volontaires " dévots d'une méditerranée mythique ", Jean et Violet
Henson un couple Anglo -Saxons légendaires, Georges Sébastian, richissime roumain
et son épouse l'américaine Flora, ont construit dans les années vingt au cœur
du golfe deux maisons prodigieuses " au milieu des jardins où poussent toutes
les essences d'arbres et que peuplent des ruines romaines ou puniques (J.Duvignaud).
Depuis, Hammamet a su attirer, retenir et charmer d'autres célébrités,
milliardaires, dilettantes fortunés, esthètes, artistes et écrivains... qui se
sont façonnés, ici des lieux d'asile et des oasis de calme de paix et de raffinement,
ou qui sont venus et revenus pour se ressourcer et s'inspirer, tels Georges Hoyningen-Huené,
Horst, Cecil Beaton, Nada Patcevitch, Elsa Schiaparelli, André Gide, Henry de
Montherlant Roger- Martin Du Gard, Jean-Michel Frank, Diego Giacometti, Jean Cocteau,
Peggy Guggenheim, Wallis Simpson la duchesse de Windsor, le roi Édouard VIII.
Tous ont hanté ces lieux de Hammamet la secrète et la mystérieuse.
La
deuxième guerre mondiale a mis à dure épreuve la population hammamétoise et a
secoué de plein fouet cet asile de repos de l'élite internationale qui n'est pas
toujours celle de l'argent.
Durant la guerre d'autres célébrités de passage
fréquenteront les lieux tels Winston Churchill et le maréchal Rommel (pas en même
temps), les généraux Hans yurgen Von Arnim, Montgomery et Eisenhower et le Roi
Georges VI .
6 / Hammamet après la seconde guerre
mondiale.
Après la guerre, Hammamet redevient ce havre
de paix et accueille de temps à autres des hôtes prestigieux tels Georges Bernanos,
François Châtelet, Christian Bérard Serge Lifar, Ernesto Azzalin, Jean-Claude
Pascal, Patricia Highsmith, Bettino Craxi (grand ami de la Tunisie, et fervent
admirateur de la cité des jasmins, mort à Hammamet et enterré dans son cimetière
chrétien à proximité et en face du célèbre cimetière marin des musulmans), John
Ethier-Blais, Georges Perec, Sofia loren, Claudio bruni, Patroni Grifi, Rossellini,
Michel Tournier, et tout récemment Frédéric Mitterrand.
Hammamet est devenue
une véritable ville cosmopolite, "préparant selon R.Boukraa, les conditions du
développement touristique," après l'indépendance (1956).
Mais tout en
intégrant les apports civilisationnels du cosmopolitisme avec ses traditions d'ouverture
et de tolérance, les Hammamétois n'ont pas oublié les méfaits de l'ordre colonial
.Ils surent apporter leur contribution à la lutte de l'ensemble du peuple tunisien
contre l'oppression coloniale, aspirant ainsi à un monde de liberté et d'égalité
( événements de 1934, 1938 et de 1952 ).
III / Hammamet aujourd'hui
: Temple contemporain du tourisme balnéaire tunisien qui fait encore
le bonheur des milliers de touristes étrangers et tunisiens, carrefour international
ou chacun s'enrichit au contact de l'autre, ville historique à facettes, ilôt
de plaisir et de farniente. Hammamet est un peu tout ça, mais aussi une ville
en pleine mutation socio-économique, culturelle et écologique.
Depuis
trois décennies avec l'avènement du tourisme industriel de masse grand pourvoyeur
de devises étrangères et d'emplois directs et indirects, Hammamet connaît un processus
d'urbanisation fulgurant que les différents plans d'aménagement de la ville n'ont
pu maîtriser totalement.
C'est le passage de la petite ville pittoresque
à la ville touristique tentaculaire englobant Hammamet Sud avec la naissance de
la gigantesque station touristique intégrée Yasmine -Hammamet. La ville devient
dès lors un grand pôle d'attraction pour les Tunisiens et les étrangers.
Hammamet
métropole touristique se veut aussi ville culturelle. C'est dans la propriété
de Georges Sébastian, acquise par l'État en 1962 que fut créé le Centre Culturel
International. "Lieu de création forum de discussions, creuset d'idées neuves,
havre de méditation, refuge pour écrivains et artistes, le Centre culturel international
de Hammamet est tout cela à la fois." ( Paul Balta).
En 1963 - 1964 fut
construit le théâtre de plein air (conçu par les architectes français Paul Chemetov
,René Allio et Jean Deroche) dans le jardin de cette propriété et inauguré en
été 1964.
C'est dans ce même théâtre que se déroule chaque année le Festival
International de Hammamet réunissant des artistes célèbres au mois de Juillet
et d'Août.
MOHAMED MEHDI SAHLI Professeur d'histoire
géographie au lycée de Hammamet
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